Les deux mineurs qui ont agressé Humbert Martinetti dans son kiosque des hauts de Lausanne le 26 janvier dernier ne s’y étaient pas trompés (24 heures de jeudi). «C’était une proie facile», ont-ils confié aux inspecteurs après leur interpellation. Huit jours après les faits, la «proie» est toujours à l’hôpital, dans le service de traumatologie du CHUV. Le commerçant de 58 ans est cassé. Mais pas seulement. Il avoue une peur qui ne le quitte plus. Des sursauts incontrôlables.
«Les premières nuits qui ont suivi l’agression, je revoyais toute la scène de A à Z dans mes rêves. Et les infirmières me retrouvaient en bas du lit.» Le butin de ses jeunes agresseurs, deux frères de 15 et 17 ans, fils de requérants d’asile turcs, lui semble dérisoire en regard de ses souffrances: cinq cartouches de cigarettes.
Cela fait deux ans qu’Humbert Martinetti est kiosquier, mais ce n’est pas en vendeur de bonbons que cet ancien employé du Groupe automobile Jan envisageait son avenir professionnel. «Je m’occupais des pièces détachées chez Jan. Il m’arrivait parfois de vendre des voitures. Et puis il y a eu la faillite, les licenciements et deux ans de chômage. Pourquoi suis-je devenu kiosquier? Il fallait bien manger quelque chose…» L’avenir n’est pas plus clair aujourd’hui. Son kiosque est fermé.
Il ne sait pas s’il trouvera le courage de l’ouvrir à nouveau comme avant, sept jours sur sept. «Vous m’auriez posé la question il y a quelques jours, je vous aurais répondu: «Plus jamais ça!» C’est tellement décourageant de se faire tabasser sur son lieu de travail. Mais bon. Je me dis que le temps estompera les choses. Que le printemps va arriver. Et que la justice va faire son travail.»
En vérité, le kiosquier a été agressé à deux reprises en l’espace de dix jours. La première fois, ses deux agresseurs encagoulés ont dérobé le contenu de la caisse. Près de 2000 francs. Mardi dernier, c’est encore à la caisse que les malfrats en voulaient. «Quand j’ai vu ces deux inconnus entrer dans le kiosque, encore avec des cagoules, j’ai verrouillé le tiroir de la caisse. C’est là que j’ai reçu un coup de poing au visage.
Moi qui n’ai jamais eu de cocard de ma vie, celui-là était sérieux. Vous auriez dû me voir! Le coup était tellement violent que j’ai littéralement décollé du sol. C’est en retombant que je me suis doublement fracturé le bassin. Avec tous les journaux que je vends et leur lot de faits divers, je ne pensais pas une seconde que cela pouvait m’arriver un jour.»
Quand ils parlent de ses agresseurs, Humbert Martinetti parle de «voyous». Il ne leur trouve aucune excuse. «Je ne leur en veux pas pour l’argent qu’ils m’ont volé. Je leur en veux par contre pour le tort physique qu’ils m’ont causé. Pour toute cette souffrance.» Il dit pourtant garder le moral. Grâce à l’amour. «Grâce à l’appât du gain, aussi: je mérite bien de gagner à la loterie cette semaine!»
Rapidement interpellés, les deux derniers agresseurs en date d’Humbert Martinetti sont passés aux aveux. Un lien a même été établi entre les deux brigandages dont il a été victime: c’est le cadet des deux frères, accompagné d’un comparse de 14 ans, qui a dérobé la caisse de son kiosque il y a dix jours. N’aurait-il pas mieux fait d’ouvrir la caisse lors du deuxième cambriolage, et ainsi s’éviter une convalescence qui s’annonce longue et douloureuse? «Mais si je leur avais ouvert la caisse, qui donc aurait payé mes factures?»
Source: 24 heures