Cela fait vingt et un ans qu’Ida tient le petit kiosque du 6, rue de Zurich, aux Pâquis. «Depuis 2007, on m’a cambriolée une bonne dizaine de fois, dit-elle. Mais ce que j’ai vécu mercredi passé (27 janvier 2010), j’ai de la peine à m’en remettre!» Ce matin-là, des hommes armés l’ont braquée avant de s’emparer du peu d’argent qu’il y avait dans la caisse.
Les malfrats ont sévi au petit matin, vers 7h30. «Juste après le passage de la camionnette de livraison Naville. Quand il fait encore nuit, je ferme à clé de l’intérieur en l’attendant», précise la gentille buraliste, âgée de 76 ans.
«Ils étaient deux, gantés et encagoulés avec des foulards et des bonnets noirs, poursuit-t-elle. Chacun était armé d’un revolver. L’un des hommes m’a maintenue par le bras et a planté son arme sur ma poitrine. Il s’amusait avec la gâchette! J’ai cru que j’allais tomber dans les pommes…»
L’autre est passé derrière le comptoir. «Il voulait casser la caisse, alors j’ai dit: «Attendez, je vais l’ouvrir, je n’ai pas beaucoup d’argent.» Il n’y avait que 100 francs et de la petite monnaie. Ils ont tout raflé, jusqu’au dernier sou, hormis les pièces de 5 centimes! Ils ont aussi pris des cartouches de cigarettes.»
La scène, déjà violente, aurait pu tourner encore plus mal. «Celui qui me maintenait le bras a voulu m’entraîner dans l’arrière-boutique, explique-t-elle. Il devait croire que j’avais un coffre.»
L’homme a fini par lâcher la buraliste qui s’est alors précipitée hors de son kiosque. «Sur le trottoir, je me suis mise à crier, mais à cette heure-là, il n’y a personne», déplore-t-elle. La manœuvre, bien que très risquée, a néanmoins provoqué la fuite de ses agresseurs. «Plus tard, des clients m’ont dit qu’un troisième homme les attendait au coin de la rue. Ils sont partis en direction du lac. Les policiers sont arrivés nombreux et très vite, mais je crois qu’ils ne les ont pas retrouvés.»
Impression confirmée par Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police. «Nous avons aussi proposé un soutien psychologique à cette dame, mais elle a refusé. Elle n’était heureusement pas blessée, mais néanmoins très choquée.»
Malgré tout, Ida n’a pas voulu fermer son magasin durant l’après-midi. «Je me suis dit qu’il valait mieux recommencer à travailler, pour ne plus penser à tout ça. Mais je suis fatiguée. Une fois, après un cambriolage en 2007, j’ai retrouvé mon magasin complètement dévasté. On aurait dit qu’il y avait eu un tremblement de terre! Depuis longtemps, les assurances refusent de me rembourser la marchandise volée. J’ai de la peine à faire tourner mon commerce. Et puis, maintenant, à chaque fois qu’un client entre, je l’observe sous toutes les coutures. Ce n’est pas une vie pour un commerçant.»
«Donner la caisse sans tenter de résister»
Bureaux de change, offices de poste et bijouteries ne sont pas les seuls à subir l’augmentation de la criminalité à Genève (lire nos éditions précédentes). Les petits commerces sont aussi la cible des braqueurs et des voleurs. Samedi, un kiosquier confiait avoir été cambriolé sept fois en deux mois.
Président de la section genevoise de la FSNTJ (Fédération suisse des négociants en tabacs et journaux), Eric Markus n’a qu’un mot d’ordre à transmettre à ses 180 membres: «Donner la caisse sans tenter de résister! On ne peut jamais savoir comment ces criminels vont réagir, surtout s’il s’agit de drogués, prêts à tout pour se procurer ne serait-ce qu’un peu d’argent.»
Il n’incrimine pas la police: «Elle ne peut pas être partout en même temps, et nous sommes nombreux, souligne Eric Markus. Posséder un magasin sur la rue comporte malheureusement un risque. Il faut en être conscient et mettre tous les atouts de son côté pour dissuader les voyous.» Comment? «Je ne connais pas de formule magique. On peut cependant améliorer la sécurité de son kiosque de façon préventive, sans pour autant imaginer que cela va résoudre tout le problème.»
Kiosquier lui-même, le président détaille: «Améliorer l’éclairage du magasin, s’équiper d’un spray au poivre et aménager les lieux en rendant plus difficile l’accessibilité à la caisse. La présence d’un animal, un gros chien si possible, peut également dissuader un voleur. En revanche, je ne cautionne pas le fait d’avoir une arme à feu.» La caméra de surveillance? «Une bonne chose, à condition de lui adjoindre un téléviseur. Car les voleurs savent qu’il existe des caméras factices. S’ils voient sur l’écran qu’ils sont filmés, c’est beaucoup plus dissuasif.» Et une alarme? «Bien sûr, mais cela coûte cher, et notre profession est déjà sinistrée…»
Au milieu des années 2000, les membres de la FSNTJ ont été sensibilisés à l’autodéfense. «C’est surtout utile en termes de self-control, note Eric Markus. Car je le répète, il ne faut pas résister.»
Source: Tribune de Genève