Les braquages de stations-service ont quasi doublé en un an. Mercredi encore, une station de Bienne a été attaquée par deux hommes. Cette hausse des hold-up inquiète les compagnies pétrolières. A tel point que des cours sont proposés depuis peu en Suisse romande pour apprendre aux pompistes à éviter le pire.
Depuis l'agression, la caissière n'est pas revenue travailler. Elle a peur. Peur qu'à la nuit tombée un autre homme encagoulé n'entre dans sa station-service de Cressier sur Morat (FR). Peur que, sous la menace d'une arme, elle ne doive lui remettre la caisse.
«Je comprends ma caissière. J'ai moi-même été très secouée après cette agression, témoigne Rosanna Galvani, gérante de la station-service de Cressier. Trois semaines après, je pense encore à cet incident, même si je ne l'ai pas vécu directement. Dans le métier, nous connaissons les risques. Mais je refuse de vivre dans la peur.»
Forte augmentation des braquages
Comme l'employée de Rosanna Galvani, les pompistes suisses sont de plus en plus nombreux à se faire braquer. Mercredi soir encore, deux inconnus masqués et armés ont fait irruption dans une station essence de Bienne.
Rien que pour la période de novembre à février, plus d'une vingtaine de ces commerces ont été attaqués dans le pays. Ce sont les stations dotées d'un shop qui sont visées.
«Depuis quelques semaines les stations-service font face à une nette augmentation des braquages», confirme Rolf Hartl, directeur de l'Union Pétrolière. Particulièrement marquée depuis la fin de l'année dernière, cette hausse se révèle également dans les statistiques annuelles des polices. Notamment dans les cantons urbains.
A Genève, par exemple, le nombre de stations-service braquées a grimpé de 12 en 2008 à 19 en 2009 (+58%). Dans le canton de Vaud, sur la même période, les chiffres ont plus que doublé, passant de 5 à 11 pompistes attaqués. «Nous parvenons malgré tout à résoudre beaucoup de ces délits», assure Patrick Pulh, porte-parole de la police genevoise. En 2008, 8 cas sur 12 ont été résolus. L'an dernier, 12 cas sur 19 ont été élucidés.
Lutter par la dissuasion
«Des séances spéciales sont désormais organisées avec les polices pour voir comment lutter contre cette criminalité», ajoute Rolf Hartl. Ce dernier précise que, pour mieux cerner l'ampleur du problème, il est question de produire une «statistique nationale détaillée des stations-service attaquées».
Face à la multiplication des attaques, les compagnies pétrolières n'en restent pas moins très inquiètes. A tel point que certaines ne souhaitent pas s'exprimer sur la question. Chez BP, par contre, on fait ouvertement face à cette délicate situation.
Sans pouvoir révéler tous les secrets de sécurité, la porte-parole de BP Isabelle Thommen précise d'abord que la période hivernale est la plus touchée par les hold-up. Les jours sont plus courts et la nuit tombe plus vite. «Ce que l'on remarque surtout, c'est que la violence des actes va crescendo, regrette-t-elle. Auparavant, les malfrats agissaient plutôt lorsque la station était fermée. Aujourd'hui, ils n'hésitent plus à faire irruption alors que la station est ouverte. Et ils sont armés.»
Face à l'effet surprise dont profitent les braqueurs, les compagnies misent donc sur la dissuasion. Caméras, boutons d'alarme, interdiction d'entrer avec un casque moto font partie de cette politique, comme le fait de conserver un minimum d'argent dans la caisse. Des cours sont aussi proposés aux employés de Suisse romande depuis le début de l'année. «Il s'agit d'apprendre à repérer des individus suspects, ou encore à savoir garder son calme lors d'un braquage», explique Frédéric Etter, instructeur pour la société YourPower.
Pour l'heure, pas question donc de placer les caissiers derrière des vitres blindées ou de supprimer l'utilisation du cash. «Le contexte n'est pas assez grave pour pénaliser 99,9% de la clientèle honnête. En moyenne, la moitié des gens paient encore en espèces», conclut Rolf Hartl.
Source: Le matin.ch